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Dr Abdallah Ouedraogo, le médecin qui donne de la voie et qui sensibilise par le Slam

Médecin généraliste de formation, il manie aussi bien le stéthoscope que le micro pour faire entendre sa voix et sensibiliser autour de lui grâce au Slam. Découvrez le partage d’expérience du Dr Abdallah Ouedraogo.

Le Grand Frère (LeGF) : Bonjour peux tu te présenter ?

Abdallah Ouedraogo (AO) : Je suis Abdallah Ouedraogo, je suis médecin généraliste et je suis le médecin en chef du centre médical urbain de Gounghin 6.

LeGF : Parle nous de ton métier, qu’est ce qu’un médecin généraliste ? 

AO : Un médecin généraliste est un médecin qui a un Doctorat d’Etat en médecine et qui mène essentiellement des activités de consultation en médecine générale. Dans la médecine générale, il est question de soins curatifs à travers les consultations et les visites médicales. Il y a également un volet qui aborde la sensibilisation afin de prévenir certaines maladies. Le médecin généraliste prend en charge presque toutes les maladies. Il s’occupe de recevoir le patient, de l’examiner, de le soigner lorsqu’il est en mesure de le faire. Dans le cas contraire, il réfère et oriente le malade vers un spécialiste de la pathologie qu’il aura diagnostiqué.

LeGF : Quelle est l’importance de la santé et du médecin généraliste ?

AO : La santé est un domaine très important parce qu’elle permet à tout individu d’être au meilleur de sa forme. Elle permet surtout à tout un pays d’avoir une bonne économie car lorsque la population n’est pas bien portante, il n’y a pas de rendement, pas de productivité dans les entreprises. Il n’y a qu’à voir comment l’épidémie de COVID 19 a mis à genoux l’économie mondiale. La santé est donc un pilier essentiel pour toute personne et toute nation. Et pour garantir cette santé, il est nécessaire d’avoir des spécialistes chargés de diagnostiquer et de traiter toutes les pathologies qui pourraient impacter le bien être des populations, d’où l’importance des médecins.

LeGF : Parle nous de ta formation, quels sont les prérequis pour la formation en médecine ?

AO : Pour faire de la médecine, il faut un baccalauréat scientifique série C ou D avec une certaine mention. Il faut au moins 12 de moyenne pour être orienté en médecine. La formation en médecine requiert de bonnes aptitudes dans les matières scientifiques telles que les sciences de la vie et de la terre, les mathématiques, la physique et la chimie. Ce sont des études pour lesquelles il faut être endurant car assez longues. Dans d’autres filières de formations vous avez avec le Système LMD, la Licence, le Master et le Doctorat, mais en médecine ce n’est pas le cas. Il faut aller jusqu’au bout de la 8e année pour avoir son Doctorat et le grade de Docteur. Lorsqu’on décide d’entreprendre des études en médecine, il faut être sûr de son choix car même si vous étudiez jusqu’en 6e année et que vous décidez d’arrêter aucun titre ou diplôme attestant de vos connaissances ne vous sera délivré et vous ne pourrez pas exercer. Outre ces aspects, la médecine est un domaine qui demande beaucoup d’humanisme, il faut avoir de l’empathie pour les autres et aimer son métier.

LeGF : Comment s’est fait ton choix de formation ?

AO : C’est sous l’influence de ma sœur aînée que j’ai fait ce choix de formation. Quand je débutais mes études, elle était déjà en 3e ou 4e année de médecine. L’idée de penser que grâce à la médecine elle soignerait des personnes, m’a motivé à vouloir en faire de même. Savoir que le travail que j’allais exercer sauverait des vies, donnerait le sourire à des personnes, des familles qui ont perdu espoir, permettrait de donner la vie et permettrait à des malades de pouvoir retrouver la santé m’a également beaucoup motivé. 

LeGF : Dr Abdallah est aussi un slameur, comment es-tu arrivé au slam ? 

AO : En réalité, je suis slameur depuis l’époque du lycée, bien avant de commencer la médecine. Cependant, vu que les études de médecines étaient très prenantes, j’ai dû faire un choix et mettre en pause le slam. Lorsque j’ai commencé à exercer, j’ai rencontré beaucoup de patients qui venaient consulter mais qui ne suivaient pas les conseils et recommandations ou encore des jeunes qui n’étaient pas prudents en circulation et se retrouvaient chez le médecin par le manque du port de casque. J’ai constaté qu’ il y avait beaucoup de maux de société que je recevais en consultation. Je me suis dit que le slam pourrait être un bon moyen de sensibilisation afin de faire en sorte que le message que je donnais à mes patients touche le plus de personnes surtout ceux qui n’ont pas la possibilité de consulter un médecin. J’ai donc décidé de reprendre le micro, d’endosser la casquette de médecin et de slameur pour qu’à travers mes textes tout le monde puisse accéder à la sensibilisation et à la prévention de certains maux.

LeGF : Comment se sont déroulées ces 8 années de Doctorat en médecine ?

AO : Comme mentionné plus haut, quand on vient en médecine, on sait dors et déjà qu’on a 8 années d’études à faire. C’était des années assez difficiles et malheureusement, beaucoup de nos collègues ont abandonné dès la première année. Il faut noter que les cours étaient assez intenses. Nous étions nombreux à tel point qu’il y avait plus d’étudiants que de places dans les amphithéâtres. Il fallait donc venir tôt pour avoir de la place. Et à partir de la 4e année, c’est encore plus compliqué parce que vous devez combiner les stages à l’hôpital le matin et les études le soir. C’était vraiment prenant car quand on commençait le matin à 7h, le stage finissait à midi et le cours reprenait à 15h pour se terminer à 19h ou à 21h. Le Doctorat en médecine est donc un diplôme qui va vous demander beaucoup de motivation pour continuer quand ce sera difficile. Et c’est pourquoi, encore une fois, il faut être sûr de son choix de formation avant de venir en médecine.

LeGF : Quel a été l’avantage de faire ses études de médecine à Ouagadougou ?

AO : Il faut reconnaître qu’à Ouagadougou on était dans de meilleures conditions que les étudiants des autres villes. Nous avions de la chance d’avoir deux grands Centres Hospitaliers Universitaires dans lesquels on pouvait faire la navette pour les stages. Quand on devait rentrer en pédiatrie par exemple, on avait le choix d’aller à Yalgado ou à Charles de Gaulle et quand on était dans d’autres spécialités, on était forcément au Centre Hospitalier Universitaire de Yalgado. Cela a facilité beaucoup nos études et notre apprentissage comparativement à nos camarades étudiants dans d’autres villes où il n’y avait qu’un seul centre hospitalier universitaire ou un seul centre hospitalier régional. A Ouagadougou donc, les études se sont bien déroulées, car nous avions plus de moyens, de ressources pour apprendre.

LeGF : Quels seraient tes conseils aux plus jeunes qui souhaiteraient emprunter tes pas et devenir médecin ?

AO : Petit frère, petite sœur, si tu veux faire la médecine, il faut le faire par vocation. Il faut prendre en compte plusieurs aspects comme la durée des études (8 ans) et l’âge. Plus jeune tu commences, plus tôt tu finis tes années d’études en médecine générale et tu peux poursuivre la spécialisation en 4 ou 5 ans sans que cela ne te prenne plus de temps. Il faut avoir de solides aptitudes dans les matières scientifiques. Et si ce n’est pas le cas, il faut commencer à s’appliquer dans toutes ces matières. Être médecin implique le contact avec les autres, il faudra donc savoir recevoir et écouter vos futurs patients. 

LGF : Quels sont tes conseils pour bien choisir une école ?

AO : Pour bien choisir une école, il faut en premier lieu se renseigner afin de savoir si l’école est accréditée ou pas pour qu‘à la fin de ta formation, ton diplôme puisse te servir. Il ne sert pas de fréquenter une école dans laquelle tu te rends compte plus tard à la fin du cycle, que le diplôme n’est pas reconnu. Deuxièmement, il faut essayer de supprimer le maximum de barrières possibles (barrières financières). Il faut donc s’assurer de disposer des ressources nécessaires au financement des études avant de les entamer. Il faudra penser à supprimer aussi toutes barrières géographiques pour ne pas parcourir de longues distances pour vous rendre à l’université. Au besoin, trouver une maison proche de votre lieu de formation. Troisièmement, il faut chercher une école qui a une bonne réputation sur le plan académique. Il te faut choisir une école qui te permettra d’avoir de bonnes conditions pour faciliter tes études. Par ailleurs, si vous avez la possibilité d’étudier dans une école dont vous rêvez et que vous en avez les moyens sans qu’aucune barrière ne vous empêche de vous y inscrire, choisissez cette école.

LeGF : Quel est ton mot de fin ?

AO : Je remercie Le Grand Frère pour l’initiative et je vous invite à visiter la plateforme pour avoir toutes les informations nécessaires sur les établissements, les formations au Burkina Faso et pour bénéficier de conseils sur comment s’orienter et découvrir des partages d’expériences d’aînés pour une meilleure orientation scolaire et professionnelle.

 

Dr Abdallah Ouedraogo

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